Quand les futurs parents imaginent la première année de leur enfant, ils pensent souvent aux premiers pas.
Pourtant, le véritable tournant n'est pas là.
Il arrive bien avant.
Entre six et neuf mois.
C'est une période étrange. Magnifique. Éphémère.
Votre bébé n'est plus le nouveau-né fragile que vous avez tenu contre vous pendant des heures.
Mais il n'est pas encore ce petit explorateur qui traverse la maison en courant en vidant les placards.
Il existe dans un entre-deux qui ne dure que quelques semaines.
Un équilibre presque parfait.
Il sait rire aux éclats mais vient encore chercher le réconfort dans vos bras.
Il découvre le monde mais il a toujours besoin de vous comme repère principal.
Il commence à affirmer sa personnalité, sans avoir encore pris son envol.
Et c'est précisément pour cela que cette période mérite d'être photographiée.
J'ai photographié des centaines d'enfants au fil des années.
Ce qui me frappe le plus, ce ne sont pas les parents qui regardent les photos quelques jours après la séance.
Ce sont ceux qui les redécouvrent trois ou quatre ans plus tard.
Ils s'arrêtent souvent sur les mêmes détails.
Cette petite façon de serrer leurs doigts.
Ces joues encore rondes.
Ce regard immense rempli de curiosité.
Ces jambes potelées qui disparaîtront beaucoup trop vite.
Les parents se souviennent des premiers pas.
Ils se souviennent du premier anniversaire.
Mais ils oublient souvent l'enfant qu'était leur bébé juste avant de devenir un petit garçon ou une petite fille.
Un nouveau-né dort beaucoup.
Un enfant de deux ans veut déjà décider de tout.
Entre les deux, il y a cet âge magique où tout est spontané.
Les rires arrivent sans qu'on les demande.
L'émerveillement est immédiat.
Une plume, une chanson, une grimace ou simplement le regard de maman suffisent à illuminer son visage.
Il ne pose pas.
Il ne joue pas un rôle.
Il est simplement lui-même.
Et pour un photographe, c'est un cadeau inestimable.
Les parents pensent souvent vouloir une jolie photo.
Une image parfaite.
Un beau sourire.
Une belle tenue.
Pourtant, avec le temps, ce sont rarement ces photos qui prennent le plus de valeur.
Celles qui touchent le plus sont souvent les plus simples.
Un regard vers papa.
Une petite main accrochée à un doigt.
Un fou rire inattendu.
Une expression qui rappelle exactement la personne qu'il est devenu aujourd'hui.
Ces images deviennent des machines à remonter le temps.
Une frontière invisible.
Celle qui sépare le tout début de la vie de la grande aventure qui commence.
Quelques semaines plus tard, il marchera peut-être à quatre pattes.
Puis debout.
Puis partout.
Et sans que vous vous en aperceviez, le bébé aura laissé sa place à un enfant.
C'est pourquoi les séances 6/9 mois ont une place si particulière dans mon cœur.
Elles ne racontent pas seulement à quoi ressemblait un bébé.
Elles racontent le dernier chapitre de sa toute petite enfance.
Et c'est souvent celui que l'on oublie le plus vite.